Voyage à Fond-des-Nègres

2023, café, médium acrylique et bois de Wenge / coffee, acrylic medum and Wenge wood

La variation des matériaux dans l’ensemble de ce corpus d’œuvre récent pointe à l’évolution des plantations des Antilles. On se rappellera que premièrement axée sur la culture de l’indigo et du tabac, la colonie en Haïti enrichit par la suite l’empire français grâce à l’exploitation de la canne à sucre. Assoiffée par des impératifs d’accroître sa production, la France rejoint les autres puissances coloniales européennes dans la traite esclavagiste et la culture intensive du sucre. Suivent près de deux siècles, pendant lesquelles les personnes et le milieu naturel des colonies furent exploités au bénéfice de la production sucrière. Alors que la traite est abolie à la fin des années 1800, c’est subséquemment le café qui domine les exportations d’Haïti. Mon historique familial n’échappe pas à ce mouvement socio-économique et c’est d’ailleurs avec ce produit que j’ai une plus ferme connexion, ayant moi-même été dans les puits de l’usine familiale lorsque j’étais jeune enfant, avant mon départ pour le Canada. 

Ce café, cependant, je ne le présente pas seul dans Voyage à Fonds-des-Nègres . Il est amalgamé au médium polymère, un produit dérivé du pétrole. Celui-ci est aussi porteur de sens alors que le café et l’extraction d’énergie s’entremêlent au sein des Antilles (dont à Trinité-et-Tobago), dès le début du 20e siècle. La composante en café et en polymère est drapée sur un support de bois de Wenge, un arbre en voie d’extinction provenant de l’Afrique de l’Ouest, dont du Congo, dû à sa surexploitation par les marchés internationaux. L’histoire du matériel de ces œuvres est également celle de l’extraction, qui débute avec l’arrivée des colons dans les Antilles et qui se poursuit avec la traite. Elle est alors renforcée par l’exploitation des cultures intensives, dont le sucre, qui donne lieu à la dégradation des territoires d’Haïti. Les plaines ayant été déboisées et cultivées de manière démesurée pour enrichir la France par la production de la canne à sucre, une fois leur rendement devenu trop faible, les montages furent les suivantes à être contraintes au même destin. Le marché du café de pair avec le déboisement et la production du charbon de bois ont également dévisagé les montagnes et scellé le sort environnemental du pays dont les rives se perdent dorénavant dans la mer par l’érosion.

Cette œuvre incorpore un des résultats des nombreuses expériences entreprises pour manipuler la matérialité de ces substances et leur attribuer la stabilité requise pour la création. 

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The variation in materials found throughout this recent body of works points to the evolution of the plantations in Haiti. Initially invested in the cultivation of indigo and tobacco, the colony subsequently enriched the distant French empire thanks to the exploitation of the sugar cane. Driven by an imperative to increase its production, France joined other European colonial powers in the slave trade towards the intensive cultivation of sugar. Nearly two centuries followed, during which the people and the natural environment of the colonies were exploited for the benefit of sugar production. While the slave trade was abolished in the late 1800s, coffee subsequently dominated Haiti’s exports. My family history does not escape this socio-economic shift and it is with this substance that I have a firmer connection, having myself been in the wells of the family coffee factory in Haiti when I was a young child, before I left for Canada.

This coffee, however, I do not present it alone in Voyage à Fonds-des-Nègres. It is amalgamated with polymer medium, a product derived from petroleum. This also carries meaning as coffee and energy extraction intertwine in the West Indies (particularly in Trinidad and Tobago), from the start of the 20th century. The resulting mixture of coffee and polymer is draped over a beam of Wenge wood, an endangered tree from West Africa (including Congo) due to overexploitation by international markets. The stories of these materials are also that of extraction, which begins with the arrival of settlers in the Antilles and which continues with the slave trade. It is then reinforced by the exploitation of intensive crops, including sugar, which gives rise to the degradation of Haiti’s lands. The plains having been deforested and cultivated excessively to enrich France with the production of sugar cane, once its yield became too low, the mountains were next to meet the same fate. Coffee cultivation, along with deforestation and charcoal production, have also eroded the mountains and sealed the environmental fate of the country, whose shores are now lost to the sea through erosion.

This work presents one of the results of the numerous experiments which I undertook to manipulate the materiality of these substances and give them the stability required for creation.

Presented as part of Espaces imprévisibles at the Galerie de l’UQAM, 2 November 2023 to 20 January 2024. Photo : Galerie de l’UQAM.