Le bonnet phrygien

2023, café, indigo, encre imprimée sur papier de coton et canevas / coffee, indigo, printed ink on cotton paper and canvas

J’ai recours à la juxtaposition de documents d’archives civiques dans ma production, pour dégager des nouveaux narratifs pour opposer ceux qui sont dominants. Je la manipule et je la reconstitue par le matériel, comme c’est le cas dans Le bonnet phrygien. Dans la Rome antique, quand un « maître » rendait sa liberté à un « esclave », il le coiffait du pileus, un bonnet de feutre. Celui-ci évoluera au fil des siècles pour être récupéré pendant la Révolution française comme symbole de la liberté. En attribuant le titre Le bonnet phrygien à cette pièce, je remets en question la notion de la liberté par une mise en relation matérielle de documents tirés d’archives coloniales. J’y reproduis le drapeau haïtien, avec de l’indigo (pour le bleu) et du café (pour le rouge). Ce drapeau est premièrement instauré par Alexandre Sabès Pétion, une personne créole de descendance française, le premier président de la République haïtienne. Au moment de sa conception, il reprend le bleu et le rouge du drapeau tricolore français. Sa partie blanche est déchirée par Jean Jacques Dessalines, le commandant en chef de la Révolution haïtienne et le premier gouverneur général et empereur d’Haïti en 1804, pour symboliser le retrait de l’oppression blanche. Plus tard, en 1807, Pétion rajoute au centre des deux parties jointes un carré blanc. Il y met la devise « L’union fait la force » en dessus d’armoiries dans lesquelles se retrouve un bonnet phrygien. 

L’œuvre inclut également deux représentations de lieux dont un en arrière-plan, celle du Palais-Sans Souci (le château du roi Henri Christophe, le successeur de Dessaline) et une deuxième, un dessin de la cellule de Toussaint L’Ouverture à la place des armoiries. À la suite de l’indépendance de 1804 et à la mort subséquente de Dessaline en 1806, le pays est divisé en deux parties géographiques. Christophe règne au Nord, sur le royaume d’Haïti, tandis que Pétion gouverne au sud, sur la République d’Haïti. Par la reproduction du drapeau, je pose un regard sur le début de l’effondrement de ce jeune pays, qui s’opère dans cette dichotomie de races et de philosophies, mais aussi de leurs valeurs culturelles. C’est également dans cet esprit que j’ai placé au lieu du carré blanc, un dessin de la cellule au Fort de Joux, en France, où est mort Toussaint L’Ouverture, le général qui a initié la Révolution haïtienne de 1791 qui a mené à la capitulation du système esclavagiste du pays et à son indépendance. 

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I use the juxtaposition of civic archives in my production to identify new narratives to oppose those which are dominant. I manipulate it and reconstruct it using the material, as is the case for Le bonnet phrygien. In ancient Rome, when a “master” released a “slave”, he gave him a pileus to wear. The symbol of this felt hat would evolve over the centuries and would eventually be brought forward during the French Revolution as a symbol of freedom. By giving the title Le bonnet phrygien to this piece, I call into question the notion of freedom through a material connection with documents drawn from colonial archives. I reproduce the Haitian flag there, with indigo (for blue) and coffee (for red). This flag was first established by Alexandre Sabès Pétion, a Creole person of French descent, the first president of the Haitian Republic. At the time of its design, the blue and red referred to the French tricolor flag. However, its white section was torn away by Jean Jacques Dessalines, the commander in chief of the Haitian Revolution and the first governor general and emperor of Haiti in 1804, to symbolize the removal of white oppression. Later, in 1807, Pétion added a white square to the center of the joined red and blue parts. He put the motto “Unity makes strength” above the coat of arms in which there is a Phrygian cap. 

This work also includes two representations of places : one in the background, that of the Palais-Sans Souci (the castle of King Henri Christophe, Dessaline’s successor); and a second, a drawing of the cell of Toussaint L’Ouverture in the place of the coat of arms. Following independence in 1804 and the subsequent death of Dessaline in 1806, the country was divided into two geographical parts. Christophe reigned in the North, over the Kingdom of Haiti, while Pétion governed the South, over the Republic of Haiti. By reproducing the flag, I comment on the beginning of the collapse of this young country, which takes place in this dichotomy of races and philosophies, but also of their cultural values. It is also in this spirit that I placed instead of the white square, a drawing of the cell at Fort de Joux (France) where Toussaint L’Ouverture died, the general who initiated the Haitian Revolution of 1791 which led to the capitulation of the country’s slave system and its independence.

Presented as part of Espaces imprévisibles at the Galerie de l’UQAM, 2 November 2023 to 20 January 2024. Photo: Galerie de l’UQAM.