Déprédation coloniale

2023, papier de canne à sucre, café, acrylique et médium polymère sur canevas en coton / sugar cane paper, coffee, acrylic and polymer medium on cotton canvas

Reconnaissant que les plantations coloniales ont projeté mes ancêtres dans l’état d’esclave, les matériaux que je décidais d’employer furent alors ceux qui en sont issus. Je parle ici de la canne à sucre, l’indigo, le tabac, le coton et finalement, le café, dont la provenance et l’historique me ramènent aux Antilles. Là où l’art conceptuel cherchait à évacuer le matériel pour échapper aux forces du marché, je souhaitais plutôt me rapprocher de lui par l’emploi de matériaux renvoyant au colonialisme, lui qui est indissociable de l’essor capitaliste. Dans son essai Capitalisme paru dans l’ouvrage de 2021, Les mondes de l’esclavage : une histoire comparée, l’auteur français Jean-Yves Grenier trace cet intéressant parallèle entre la plantation coloniale et celui-ci : « C’est d’ailleurs une caractéristique assez générale du capitalisme que d’absorber dans ses périphéries des économies reposant sur diverses formes de travail contraint, tout en organisant sa croissance au cœur du système sur du travail libre. L’exemple le plus abouti de paradigme productif esclavagiste est la plantation sucrière » (Grenier, 2021, p. 910). En ayant méthodiquement parcouru de nombreux textes de ce type portant sur le régime esclavagiste, ainsi que des documents d’archives, je reconnaissais davantage le poids de ces matériaux vernaculaires des plantations coloniales (comme le sucre) et de ces systèmes extractivistes.

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Recognizing that it were colonial plantations which projected my ancestors into the condition of slavery, the materials that I decided to use were those that came from them. I am referring here to sugar cane, indigo, tobacco, cotton and finally, coffee, whose provenance and history take me back to the West Indies. Where conceptual art sought to evacuate the material to escape market forces, in opposition, I wanted to get closer to it by using materials referring to colonialism, which is inseparable from capitalist growth. In his essay Capitalisme published in the 2021 book, Les mondes de l’esclavage : une histoire comparée, French author Jean-Yves Grenier draws this interesting parallel between the colonial plantation and capitalism: “It is elsewhere a fairly general characteristic of capitalism that of absorbing in its peripheries economies based on various forms of forced labor, while organizing its growth at the heart of the system on free labor. The most successful example of a productive slave paradigm is the sugar plantation” (Grenier, 2021, p. 910). Having methodically gone through numerous related texts on to the slavery regime, as well as archival documents, I further recognized the weight of these vernacular materials from colonial plantations (like sugar) and these extractivist systems.

Presented as part of Espaces imprévisibles at la Galerie de l’UQAM, 2 November 2023 to 20 January 2024. Photo : Galerie de l’UQAM.