De perpetua memoria

2023, ink, coton paper and collage on wood / encre, papier en coton et collage sur en bois.

Dans De Perpetua Memoria, j’incorpore le texte du décret papal de 1455 qui a rendu légitime de la réduction en esclavage de peuples africains ainsi que de la conquête de leurs territoires et de leurs ressources. Les interprétations de ce document varient selon les sources ; les auteurs européens sont plus vagues ou conciliants que les propos du texte lui-même. Mais, il n’empêche que le résultat de cette déclaration était bien l’initiation de la traite transatlantique et la dépossession des Africains de leurs terres, leurs ressources et leur humanité. Sur un panneau en chêne rouge, je superpose ces paroles aux actions qu’elles ont engendrées, ce bois étant l’un de ceux utilisés pour la fabrication de navires négriers. Appliqué au-dessus du texte, je place un dessin d’Erzulie Dantòr, une figure centrale de la culture vaudou en Haïti. On la décrit comme une sainte femme, fermement maternelle et possédant une force bienveillante, sévère et redoutable. Ici, je la présente sous ses trois facettes : Erzulie Freda de l’amour, la guerrière Erzulie Jé Rouj (« yeux rouges ») et Erzulie Dantor qui combine les deux et qui est aussi la mère spirituelle d’Haïti. Un amalgame de dessins évoque la religion chrétienne écrasant les peuples autochtones de l’île à sa conquête et des souvenirs de la Terre-Mère. La résilience des opprimés est suggérée par la présence d’un marron — une personne réduite en esclavage qui s’est échappée — soufflant dans une conque de lambi. La représentation d’Erzulie Dantor personnifie pour le peuple haïtien le triomphe de leurs ancêtres sur l’institution de l’esclavage et l’affirmation de leur culture et de leur humanité dans ce nouveau monde créole.

À la première lecture de l’œuvre De Perpetua Memoria, on constate de la présence d’une longue citation collée sur un panneau de bois, avec une femme à trois visages surplombant le tout. La théorie iconologique panofskienne nous indique qu’une analyse plus approfondie basée sur des connaissances textuelles peut, au niveau symbolique, nous en apprendre plus sur la signification intrinsèque de l’œuvre. Le panneau est fabriqué en chêne rouge, un des bois utilisés pour construire les navires négriers. Le texte est une reproduction du décret papal de 1455. Ce panneau et cette citation deviennent des symboles décelant alors une réalité plus troublante : celle de l’esclavage. Une lecture semblable peut être faite pour le personnage féminin à trois visages. Dans cette pièce, l’accumulation des référents constitue une nouveauté qui suggère l’existence d’un code « créole », une symbolique particulière aux Antilles.

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In De Perpetua Memoria, I incorporate text from the 1455 papal decree which legitimized the reduction into slavery of African peoples and the conquest of their territories and their resources. Modern interpretations of this document vary depending on sources; European authors are typically more vague or conciliatory than the words of the original text. But, the fact remains that the result of this declaration was indeed the initiation of the Transatlantic Slave Trade and the dispossession of Africans of their lands, their resources, and their humanity. On a red oak panel, I superimpose these words onto the actions they generated. Oak was one of the types of wood used to manufacture slave ships. Over the text, I placed a drawing of Erzulie Dantòr, a central figure of Haitian Voodoo culture. She is described as a holy woman, firmly maternal and possessing a benevolent, severe and formidable strength. Here, I present her three facets: Erzulie Freda of love, the warrior Erzulie Jé Rouj (“red eyes”) and Erzulie Dantor who combines the two and who is also the spiritual mother of Haiti. An amalgam of drawings evokes the Christian religion crushing the Indigenous peoples of the island in its conquest as well as memories of Mother Earth. The resilience of the oppressed is suggested by the presence of a maroon — an escaped enslaved person — blowing into a conch shell. The representation of Erzulie Dantor personifies for Haitians the triumph of their ancestors over the institution of slavery and the affirmation of their culture and their humanity in this new Creole world.

When first observing De Perpetua Memoria, we notice a quote which has been printed and glued to a wooden panel, with a woman with three faces overlooking everything. Panofskian iconological theory tells us that deeper analysis based on textual knowledge can, on a symbolic level, tell us more about the intrinsic meaning of the work. The panel is made of red oak, one of the woods used to build slave ships. The text is a reproduction of the 1455 papal decree. This panel and this quote become symbols revealing a more disturbing reality: that of slavery. A similar reading can be made for the three-faced female character. In this piece, the accumulation of referents constitutes a novelty which suggests the existence of a “Creole” code, a symbolism unique to the Antilles.

Presented as part of Espaces imprévisibles at the Galerie de l’UQAM, 2 November 2023 to 20 January 2024. Photo: Galerie de l’UQAM.