Albert Gibbs

2023, coffee, sugar cane paper and mandolin strings / café sur papier de canne à sucre et cordes de mandoline.

Dans ma pratique artistique, je cherche à déconstruire les matières du café, du sucre, de l’indigo et du coton ; de les mettre en évidence par leur utilisation dans des procédés esthétiques. Il me semble que le recours à un matériel imprégné de sens — il contient sa propre charge symbolique — choisit pour donner forme à un concept, ne nécessite pas de narration externe pour acquérir une signification. Pour le portrait de mon grand-père Albert Gibbs, les matériaux ont été sélectionnés pour incarner sa vie. On y retrouve des feuilles de papier fabriquées avec de la pulpe de canne à sucre, qui ont été imbibées de café et qui sont suspendues sur huit rangées de cordes des mandolines. Alors que la canne à sucre renvoie aux ancêtres africains de mon grand-père réduits en esclavage dans les plantations, le café nous rappelle ce produit responsable de sa richesse et la mandoline, cet instrument dont il aimait tant jouer pour accompagner les chansons qu’il interprétait avec des amis. Les huit cordes, évoque les huit ans qu’il avait au moment de l’invasion d’Haïti par les Américains en 1915. Le matériel donne forme au personnage qu’était mon grand-père et qu’il est encore dans ma mémoire. Bien que son portrait soit conceptualisé, la matérialité de l’œuvre maintient un lien physique avec lui.

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In my artistic practice, I seek to deconstruct the materials of coffee, sugar, indigo and cotton; to highlight them through their use in aesthetic processes. It seems to me that the use of material imbued with meaning – it contains its own symbolic charge – chosen to give shape to a concept, does not require external narration to acquire meaning. For the portrait of my grandfather Albert Gibbs, the materials were selected to embody his life. There are sheets of paper made from sugar cane pulp, which have been soaked in coffee and which are suspended on eight rows of mandolin strings. While sugar cane refers to my grandfather’s African ancestors who were enslaved on plantations, coffee reminds us of the product responsible for his wealth and the mandolin, the instrument he so much loved to play to accompany his songs performed with friends. The eight strings evoke the eight years he was at the time of the American invasion of Haiti in 1915. The material gives shape to the character that my grandfather was and that he is still in my memory. Although his portrait is conceptualized, the materiality of the work maintains a physical connection with him.

Presented as part of Espaces imprévisibles at the Galerie de l’UQAM, 2 November 2023 to 20 January 2024. Photo: Galerie de l’UQAM.