2023, graphite sur vellum, bois et clous / graphite on vellum, wood and nails.

L’œuvre 1915 revient sur des notions en lien avec les nkisi, des objets sacrés de cultures l’Afrique de l’Ouest et des Antilles. Je le fais par l’utilisation du bois, des clous et un dessin reproduisant la photographie du révolutionnaire haïtien Charlemagne Péralt, prise à la suite à sa mise à mort en 1919 par les Américains, après plus de deux ans de résistance par attaques armées. Souhaitant écraser toute volonté de révolution chez le peuple haïtien, les Américains feront circuler sa photo au travers du pays qui a eu tout l’effet contraire et malgré les intentions des marines américains dans sa composition stratégique, présentant Péralt attaché sur une porte, voilé du drapeau bicolore haïtien et les pieds couverts d’un tissu blanc. Par ses renvois aux iconographies chrétiennes et vaudou, fortes dans la culture antillaise, le peuple haïtien a reçu son image en tant que celui d’un martyre et son désir de résistance s’intensifia. Dans 1915 se rencontrent cette volonté d’opposition, les références aux traditions antillaises et chrétiennes ainsi que les savoirs anciens africains, comme les nkisi nkondi, envers la protection de l’esprit des personnes descendantes d’ancêtres réduits en esclavage perpétuellement confronté par l’oppression coloniale. En fabriquant ce nkisi, qui contient des références aux pratiques africaines et à l’histoire haïtienne, je réitère mes racines culturelles en abondant dans le sens de la créolisation. La matière incarne une autre perspective à cette rencontre de référents, le bois provenant d’une maison familiale centenaire de Montréal, la ville où j’ai grandi et où j’habite. La matérialité de cet objet me ramène à l’aspect physique de mon identité en explorant les concepts qui me définissent en tant que personne afro-descendante ; elle renvoie aussi à ma situation en tant que personne immigrante.

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The work 1915 draws upon notions linked to nkisi, sacred objects from West African and Antilles cultures. They are embodied by the use of wood, nails and a drawing reproducing the photograph of the Haitian revolutionary Charlemagne Péralt, taken following his death in 1919 by the Americans, after more than two years of resistance by armed attacks. Wishing to crush any desire for revolution among Haitians, the Americans circulated this image throughout the country. It had quite the opposite effect and despite the intentions of the American marines in its strategic composition, presenting Péralt tied to a door, veiled in Haitian two-tone flag and feet covered with white fabric. By its references to Christian and Voodoo iconographies, strong in creole culture, Haitians received this image as that of a martyr and their desire for resistance intensified. In 1915 I present this desire for opposition, references to creole and Christian traditions, as well as ancient African knowledge, such as nkisi nkondi, towards the protection of the spirit of people descended from ancestors reduced to slavery, perpetually confronted by colonial oppression. By making this nkisi, which contains references to African practices and Haitian history, I reiterate my cultural roots by reiterating the basis of their creolization. The material embodies another perspective, the wood procured from a century-old family home in Montreal, the city where I grew up and where I live. The materiality of this object brings me back to the physical aspect of my identity by exploring the concepts that define me as a person of Afro-descendant; it also refers to my situation as an immigrant.

Presented as part of Espaces imprévisibles at the Galerie de l’UQAM, 2 November 2023 to 20 January 2024. Photo: Galerie de l’UQAM.